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Site préhistorique

La grotte de Ghar Cahal, creusée dans les affleurements calcaro-dolomitiques du massif du Jbel Moussa qui longent la rive marocaine du détroit de Gibraltar immédiatement à l’ouest de Sebta (Ceuta), est située dans la vallée de l’oued el-Marsa à proximité du village d’El Bioute.

Elle fut signalée pour la première fois par l’officier des affaires indigènes T. de Azcarate, puis par le Dr Apffell, vice-président de la Société d’histoire et d’archéologie de Tanger, qui insiste sur son éventuel intérêt archéologique dans le cadre du Ier Congreso Arqueológico del Marruecos Español. La cavité fit l’objet d’une première campagne de fouilles en 1954. Celleci, dirigée par le professeur Miquel Tarradell i Mateu, alors inspecteur des fouilles du Service de l’archéologie du Protectorat espagnol et directeur du Musée archéologique de Tétouan, servit à dégager la presque totalité de la partie la plus extérieure de la grotte.

Tout récemment, au cours des années quatre-vingts, ce site a été examiné à nouveau par une équipe mixte maroco-française chargée du programme « Néolithique du nord du Maroc ».

Pour leur interprétation préliminaire, M. Tarradell regroupa les 24 « tailles » horizontales dénombrées au cours de la fouille en six niveaux archéologiques. Ceux-ci s’étalaient depuis une couche superficielle d’époque historique caractérisée par la présence de poterie tournée essentiellement islamique, jusqu’à une série de dépôts à industrie lithique abondante et céramique rare que le fouilleur faisait remonter à un âge néolithique voire prénéolithique.
Toutefois la cohérence schématique de cette séquence chrono-stratigraphique ne semble résister ni à sa confrontation avec les indications topographiques tirées de l’examen des collections, actuellement déposées au Musée de Tétouan, ni à l’analyse sur place des témoins stratigraphiques et des lambeaux des couches encore visibles dans le site lui-même. L’une et l’autre mettent en évidence que les altérations stratigraphiques anciennes et les remaniements relativement récents que le professeur Tarradell avait cru pouvoir identifier et isoler de façon convenable au cours de travaux de terrain se sont avérés bien plus importants qu’il ne l’avait pensé.
Si la succession stratigraphique proposée par M. Tarradell n’est donc plus acceptée dans le détail, il est en revanche possible d’individualiser deux ensembles archéologiques antéhistoriques aux contours assez bien définis : un horizon épipaléolithique et un faciès protohistorique lato sensu. En effet, pour ce qui est de la phase prénéolithique, les dépôts profonds disposés autour du niveau IV de Tarradell n’ont livré une industrie lithique homogène, dont les affinités ibéromaurusiennes ont été évoquées à plusieurs reprises, qui atteste le caractère intrusif de la céramique dans ce contexte archéologique. Compte tenu de cette identification, il est par ailleurs tout à fait plausible que les restes des six individus à traits mechtoïdes exhumés près de l’entrée de la grotte, sous des éboulements du plafond, situés à la charnière des niveaux IV et III, soient à rattacher à cet ensemble industriel ibéromaurusien.
4 A son tour, la phase protohistorique, centrée sur le niveau II de Tarradell, succède à une période sinon d’interruption, du moins de très nette diminution de la fréquentation humaine de la grotte et correspondant au Néolithique ancien et moyen. Elle paraît commencer entre la fin du IIIe millénaire et le début du IIe millénaire av. J.-C. comme en témoignent les fragments de poterie rouge lustrée de type Achakar* des niveaux I et II, les nombreux tessons campaniformes maritimes de style portugais des niveaux I à IIIb et, enfin, deux des datations par termoluminescence disponibles pour les céramiques lisses noirâtres du niveau II (Cler 130a : 4100±350 avant 1980, Cler 130b : 3650±350 avant 1980). Le stock des céramiques associées à cette phase est complété par quelques tessons peints et par plusieurs fragments de récipients ornés de cannelures ou de cordons en relief. La durée de cette occupation protohistorique demeure indéterminée, ses étapes terminales étant difficiles à différencier des dépôts d’âge historique tant du point de vue archéologique que stratigraphique.